Une douleur qui s'installe progressivement
Contrairement à une entorse ou une blessure sportive, l'arthrose du genou ne commence généralement pas par un incident précis. Elle s'installe par étapes : une raideur le matin, une gêne après une longue marche, puis une douleur qui devient progressivement plus présente au quotidien.
Cette progression lente rend parfois le diagnostic tardif, et laisse une question simple mais rarement bien expliquée : pourquoi, précisément, est-ce que ça fait mal ?
Qu'est-ce que l'arthrose du genou ?
L'arthrose du genou correspond à une dégradation progressive du cartilage qui recouvre les extrémités osseuses de l'articulation, accompagnée de modifications de l'os sous-jacent. C'est l'une des atteintes articulaires les plus fréquentes chez l'adulte.
Selon Physioswiss, environ 6% des adultes présentent des symptômes cliniques manifestes d'arthrose du genou, un chiffre pour lequel on peut s'attendre à des données similaires en Suisse. À titre de comparaison, environ un tiers de la population adulte présente des signes d'arthrose visibles à la radiographie. Ce décalage donne une première indication utile : la présence de changements sur une image et la présence de douleur ne se recoupent pas toujours.
Pourquoi l'arthrose fait-elle mal ?
Le cartilage lui-même n'est pas innervé : il ne contient pas de terminaisons nerveuses et ne peut donc pas, à proprement parler, transmettre de douleur. La douleur de l'arthrose provient d'autres structures de l'articulation, elles bien innervées : l'os sous-chondral, la membrane synoviale, la capsule articulaire, les ligaments et les tissus environnants.
Selon les articulations et les personnes, ces structures peuvent être le siège d'une inflammation locale qui s'ajoute aux contraintes mécaniques.
Des dépôts de cristaux contenant du calcium peuvent également être présents dans les articulations touchées par l'arthrose. Ces calcifications, notamment constituées de phosphate de calcium basique ou de pyrophosphate de calcium, sont étudiées pour leur rôle dans les processus inflammatoires et dégénératifs de l'articulation. Elles ne sont cependant pas présentes de la même manière chez toutes les personnes atteintes d'arthrose.
C'est aussi ce qui explique pourquoi la sévérité visible sur une radiographie, qui reflète surtout les modifications structurelles de l'articulation, ne prédit pas toujours l'intensité de la douleur ressentie. Certaines personnes avec une arthrose avancée à l'image ressentent peu de gêne, d'autres avec des changements plus discrets souffrent davantage. La douleur dépend aussi de facteurs comme la force musculaire autour de l'articulation, la stabilité de la marche et la sensibilité individuelle.
Les facteurs qui peuvent favoriser l'arthrose du genou
Plusieurs éléments reviennent régulièrement : l'âge, une prédisposition génétique, un excès de poids qui augmente la charge mécanique sur le genou tout en étant associé à des processus inflammatoires plus généraux, une sollicitation répétée de l'articulation liée à certaines professions ou activités sportives, et des antécédents de blessure au genou.
Aucun de ces facteurs ne détermine à lui seul l'évolution : ils se combinent différemment selon chaque situation.
Les premières mesures recommandées
Le mouvement adapté et le renforcement musculaire sont les mesures de première intention recommandées pour l'arthrose du genou. Selon Physioswiss, l'exercice, le renforcement, l'endurance, la mobilité et l'éducation du patient font partie des piliers d'une prise en charge conservatrice efficace.
Contrairement à une idée répandue, le repos prolongé n'est généralement pas la solution.
Regarder au-delà de l'articulation
Une fois ces bases posées, dans ma pratique, je ne me limite pas à l'articulation elle-même. L'inflammation générale, l'état des tissus environnants, la mobilité globale et parfois l'alimentation font partie des éléments que je prends en compte.
La présence possible de calcifications et l'environnement local de l'articulation font également partie des éléments que je considère selon la situation.
L'hydrotomie percutanée, que je pratique au Centre Algos, fait partie des approches que j'utilise dans ce contexte, en complément d'une prise en charge plus large.
Comme pour toute approche complémentaire, il s'agit d'une option parmi d'autres, à discuter selon la situation, et non d'une promesse de résultat.
Quand consulter
Une raideur matinale qui persiste, une douleur qui apparaît à l'effort ou qui limite progressivement certaines activités méritent un avis médical, en particulier si la gêne s'installe dans la durée.
Un diagnostic posé plus tôt permet généralement d'agir sur davantage de leviers.
Sources et pour aller plus loin
Physioswiss, Fiche d'information : arthrose du genou, sur la fréquence, les facteurs de risque et la prise en charge conservatrice.
OFSP / MonAM, Arthrose, arthrite et ostéoporose, statistiques officielles suisses sur la fréquence des atteintes articulaires.
Rosenthal AK, « Crystals, inflammation, and osteoarthritis », Current Opinion in Rheumatology, 2011;23(2):170-173, doi:10.1097/BOR.0b013e3283432d1f, revue scientifique sur la présence de cristaux calciques (pyrophosphate de calcium et phosphate de calcium basique) dans les articulations arthrosiques et sur leur rôle étudié dans les processus inflammatoires et dégénératifs.
Ces ressources permettent d'approfondir les mécanismes, les données de prévalence et les recommandations de prise en charge mentionnés ci-dessus.
Questions fréquentes
Une arthrose visible à la radio veut-elle dire une douleur importante ?
Pas nécessairement. Le cartilage n'étant pas innervé, la douleur provient principalement d'autres structures de l'articulation et des tissus environnants. La sévérité des changements visibles à l'image et l'intensité de la douleur ressentie ne se recoupent donc pas toujours.
L'arthrose du genou est-elle uniquement liée à l'âge ?
Non. L'âge est un facteur important, mais le poids, les antécédents de blessure, la génétique et certaines sollicitations professionnelles ou sportives jouent aussi un rôle, parfois chez des personnes plus jeunes.
Faut-il éviter de bouger quand on a de l'arthrose au genou ?
Non, au contraire. Le renforcement musculaire et le maintien d'une activité adaptée font partie des mesures recommandées en première intention pour soulager la douleur et préserver la fonction articulaire. Le repos prolongé n'est généralement pas la solution.
Une prothèse du genou est-elle toujours nécessaire ?
Non, la chirurgie n'est pas systématique. Les approches conservatrices sont recommandées en première intention. La décision dépend du stade de l'arthrose, de la gêne fonctionnelle au quotidien et de la réponse aux mesures déjà essayées, et se prend avec un spécialiste.
Ce qui se passe dans votre cas
Ce texte décrit des mécanismes et des facteurs généraux. Ce qui explique votre douleur au genou, dans votre situation précise, mérite un examen et un vrai échange plutôt qu'une réponse générique.